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Galerie Flak 2001

Galerie FLAK 2001


Dans l'atelier, travailleur solitaire, le créateur jouit des hasards et des émotions qu'il inscrit sur la toile. La particularité de l'oeuvre, sa qualité à nous émouvoir nait du décalage entre le désir et la liberté de l'empreinte qui cristallise des moments éclatés.

La complicité, les projets qui s'élaborent au fil des rencontres de l'artiste, mènent à ce moment où nous partageons avec lui un geste et une réflexion. Pour Marie Laurence Lamy, exprimer sa sensibilité, laisser le corps, la nature des objets trouver une forme essentielle; pour nous, entendre sa poésie, nous rapprocher de ce qui paraît le plus indicible, ne pas déranger son silence.

Le désir de peindre tissé sous la peinture, dans l'ombre de ses fantômes, se métamorphose en lecture. A la surface de l'image, le rêve obscur devient l'objet d'une reconnaissance qui s'approche des vibrations cachées. L'autre, le 'regardeur', dans ce dépaysement, ne cherche pas à comprendre les images et les phrases, mais à tricher, rêver, participer à l'en deça du sens.

Ce qui frappe dans la peinture de MLL, c'est l'intention poétique, quel que soit le thème, personnage, femme lovée, enfant étendu, objet en équilibre. Le trait, qu'il soit courbe, arabesque, ligne, garde une part d'inexistence et de rareté. Lepeintre entre en peinture comme s'il accomplissait une célébration. Les éléments du sacré se mettent en place. L'oeuvre est silencieuse, métaphysique. Elle évoque des souvenirs enfouis, trouble les mots qui voudraient caresser la subtilité d'un sens au delà des images, laisse s'épanouir notre goût du secret.

Le dialogue du fond et de la forme participe à la modernité de l'oeuvre en jouant sur l'ambiguïté. Le passage de l'un à l'autre est comme une effluve de parfum, en parfait va et vient et surprise, sans rupture de rythme, de la connivence au décalage, de la planéité au relief.

Quelles rimes ou quelles ombres nous font basculer vers l'insolite, quand nous étions en pleine évidence et légèreté ? Le trait subtil, la touche délicate, la peinture mélée de paraffine donnent au sujet sa transparence; le support enigmatique introduit la métamorphose, l'étrange s'égare dans les griffures de l'espace pictural.

Dans les ondulations du carton, le geste ose la violence, le pinceau trace les sillons qu'il éventre. La couleur passe des nuances d'ivoire, mélancolie du quotidien, au cuivre patiné de vert de gris, sentinelle du temps. Dans la matière pure ou mêlée, dans le support de toile ou de papier, dans les papiers collés, les aubes se couvrent de mystère, les formes se ramassent dans des cadrages sérrés, les motifs précieux se raréfient, dialoguent en écho d'une toile à l'autre. Sa manière, celle de l'ambiguïté, passe du lisse au rugueux, aime la pureté des éraflures, les noeuds, les compositions surprenantes, les histoires d'ogres plus que les histoires de fées. MLL pose un regard rêveur, attentif, distant sur les accidents de ce monde, sa peinture est une phrase avec visite, marée, effacement.

Les personnages vus de dos, les visages sans bouche, sont autant d'interrogations qui nous font basculer vers un nouvel état de conscience... ces visages venus de loin, modèle de la mémoire inconsciente, souvenirs épars de l'enfance ou de la culture, grattés comme des polimpsestes, récrits jusqu'à retrouver l'équilibre de l'oeuvre d'art. Volent en éclats les apparences qui n'épuisent pas la fascination des images, hésitant entre les sens possibles. Faut-il croire que l'image dévoilée rend compte du visible ou de l'invisible, que le peintre ou le poète n'est pas ce visionnaire inconscient qui truque les signes faits pour communiquer ? N'est-elle pas authentique, prête à assumer ce que la fantaisie peut donner de perversité, l'esprit plein d'une géographie lointaine, d'une autre culture, d'une terre inconnue ? " Peindre c'était dans la nature des choses ". L'atelier prolonge la maison familiale, les parfums d'enfance.

Arp choisissait comme un jeu les titres de ses oeuvres, noms appropriés qui deviennent indices de l'oeuvre, liberté qui la révèle dans une sorte de mimétisme avec le mot. Demander à MLL le titre de ses oeuvres, c'est provoquer sa perplexité, lui indiquer un chemin, la faire sortir d'un égarement qui fait partie de sa démarche. Quelle vision à travers les visages lui sert de modèle, inlassablement présent et caressé, c'est mystère du silence et mystère d'amour. " Rosoaauxyeuxgrandsouverts ", Nous devons nous contenter de Portait, Enfant, Vase, Bol ou Fleur. Les surprises du vécu, les douleurs sublimées, le séjour en Chine, son mystère feutré, son exotisme... Elle est calme, interrogative.

Les portraits à mi-chemin entre la confidence et l'attente, sont subtils, sans exaltation. Les bleus profonds et translucides, les rouges de sang comme dans les jardins d'amour, les verts comme le Péridat. Le regard des femmes d'un tableau à l'autre est une inflexion sur une portée, des visages penchés que le fard maquille en poupées mystérieuses, marionnettes aux nuances blêmes, masques de théâtre nô, au blanc de viel argent, médaillons immobiles engravés sur la toile. Les derniers portraits s'arrondissent, les bouches se dessinent, taches écarlates qui se voilent ou se dévoilent selon les toiles, se risquent à la sensualité et à la passion, avec retenue.

Les portraits peu à peu se décalent en des compositions asymétriques, laissant en fond des plages de nudité. La lumière circule à l'intérieur de ces paysages féminins, ni éblouissement, ni aveuglement, suit les lignes flexibles de ces femmes, dont la chevelure nous est interdite. Leurs ondulations déterminent des espaces émaillés, voyagent entre les corps étendus, les vêtements veinés, ici et là de signes d'envol, virgules qui ponctuent la parure, glacis amande d'une robe parsemée de délicates silhouettes.

Les objets-Natures se concentrent en un lieu de la toile, apparition, fragilité. Posés comme de petites maquettes qui réglent un ballet, notes de musique pour une danse sacrée, ils retiennent leur respiration. Dans les couleurs posées en aplat, les jaunes lumineux, les verts acidulés des fruits, les ors gris, les blancs précieux, la " couleur " secrète du Céladon de l'époque Tang, se révèle plus la sensualité des formes rondes que le velouté des peaux, plus la caresse du souvenir que le souvenir du toucher. Les Natures sont une méditation sur la métamorphose de la matière et des objets en messagères poétiques d'un voyage intérieur.

Comme dans les portraits, la peinture y est un souffle, une rêverie, vase ou fleur, ou fleur dans un vase, fleur solitaire, à peine si les pétales osent s'épanouir ou les corolles s'ouvrir. Les fleurs comme femmes, discrètes et tentatrices, Natures, objet d'un songe, osent parfois griffer la toile d'un étrange empêtrement de couleur. Dans l'ondulation de leur support accidenté se joue l'imperceptible mouvement du doute.

Un air de langueur enveloppe portraits et Natures. Entre rêve et mélancolie, nous entrons dans la comptemplation. Le voyage dans l'ambiguïté du sens serait-il un goût d'enfance, d'absence ? Gardons lui son mystère, ne répond-il pas à le sublimation d'une réalité à laquelle chacun de nous essaie d'échapper par une part de merveilleux ?

Danielle Cohen

 

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